Télécommunications : l’Algérie en panne de stratégie

 

Le projet de Loi sur les télécommunications devait être présenté ce lundi 18 décembre au Parlement en vue de son adoption par les députés. Mais, à la surprise générale, le gouvernement a décidé de le retirer avant-hier, alors que la commission du transport et des télécommunications  à l’APN apportait les dernières retouches au document via une série d’amendements.

On ne connaît pas les raisons qui ont conduit le gouvernement à prendre une telle décision, rare dans l’histoire de l’assemblée nationale. L’Exécutif n’a fourni aucune explication. Hier, Chaabane Louaar, président de la commission du transport et des télécommunications à l’APN, a nié tout blocage du projet, affirmant que le projet sera programmé dans une semaine.

Au-delà du cafouillage, cette affaire pose une question plus sérieuse : que veut faire l’Algérie de son secteur des télécommunications ? Depuis l’ouverture de la téléphonie mobile à la concurrence, au début des années 2000, les autorités semblent se chercher une direction sans vraiment parvenir à la trouver.

Le mobile s’est certes développé très rapidement, malgré des retards dans le lancement de la 3G et de la 4G. Mais nous sommes restés dans une configuration où le secteur ne joue pas le rôle d’animateur de l’écosystème numérique du pays.

En 17 ans, le secteur des télécommunications dans le monde a beaucoup changé. Les opérateurs téléphoniques ne se contentent plus de gérer leurs réseaux. La téléphonie est un peu partout, parfois dans des domaines inattendus comme les contenus et la banque. Beaucoup de secteurs, comme le commerce électronique et les médias, dépendent des infrastructures de télécommunications pour exister et se développer.

Face à ces évolutions, l’Algérie continue de faire du surplace. Le développement du secteur est porté par Algérie Télécom. Or, l’opérateur historique n’a ni les moyens financiers ni le savoir-faire technique pour financer le développement des infrastructures indispensables aux évolutions des usages et animer l’écosystème numérique du pays.

L’absence d’une feuille de route précise des autorités rend la mission d’Algérie Télécom encore plus compliquée. Ces dernières années, l’opérateur a par ailleurs été perturbé par une instabilité managériale qui a vu défiler plusieurs PDG à sa tête dont certains pour de très courtes périodes.

Les choses ne devraient pas s’arranger dans l’avenir proche. L’État, en difficulté, n’a plus les moyens de supporter des financements à coup de milliards de dollars pour développer l’infrastructure. Il ne semble pas non plus prêt à laisser d’autres acteurs faire le travail à la place de l’opérateur historique.

Le texte qui vient d’être gelé au Parlement introduisait de nombreuses nouveautés. Il ne devait pas résoudre le problème de fond mais il aurait sans doute apporté un nouveau souffle au secteur qui en a besoin.